Crashgate : le scandale du Grand Prix de Singapour 2008

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Le Crashgate désigne le trucage du premier Grand Prix de Singapour, le 28 septembre 2008. L'écurie Renault a demandé à son pilote Nelson Piquet Jr. de percuter volontairement le mur afin de provoquer l'entrée de la voiture de sécurité, au moment idéal pour son équipier Fernando Alonso, qui venait de s'arrêter au stand. Alonso a gagné la course. Révélée en 2009, l'affaire a valu à Flavio Briatore et Pat Symonds des suspensions, et elle a rebondi en 2023 avec l'action en justice de Felipe Massa, privé du titre 2008 pour un point.

Sur cette page
  1. La course du 28 septembre 2008
  2. La révélation en 2009
  3. Les sanctions
  4. 2023 : les révélations d'Ecclestone et l'action de Massa
  5. Ce qu'a changé le Crashgate
  6. Questions fréquentes

La course du 28 septembre 2008

Pour la première course de nuit de l'histoire, Renault est loin du compte. En qualification, Alonso est gêné par un problème mécanique et ne part que quinzième. L'écurie choisit alors une stratégie à contre-courant : un plein d'essence léger et un arrêt très précoce, au 12e tour, qui renvoie l'Espagnol en fond de peloton. Pour que ce pari fonctionne, il faut qu'une voiture de sécurité neutralise la course peu après, avant que les autres pilotes ne s'arrêtent.

Quelques tours plus tard, Piquet perd le contrôle de sa Renault au virage 17 et heurte le mur. Le choix de l'endroit n'a rien d'anodin : à cet endroit, sans grue à proximité immédiate, l'évacuation de la voiture exige l'intervention de la voiture de sécurité. Les stands étant fermés pendant les premiers tours de neutralisation, les leaders doivent ensuite s'arrêter tous ensemble et ressortent derrière Alonso, qui se retrouve aux avant-postes sans avoir eu à dépasser.

Le poleman Felipe Massa (Ferrari) est la principale victime : lors de son arrêt sous voiture de sécurité, il repart avec le tuyau de ravitaillement encore accroché, doit s'arrêter en bout de voie des stands et termine la course hors des points. Son rival pour le titre, Lewis Hamilton, finit troisième. À la fin de la saison, Hamilton sera champion du monde avec un point d'avance sur Massa.

La révélation en 2009

Pendant près d'un an, rien ne filtre. En août 2009, Renault se sépare de Piquet après le Grand Prix de Hongrie. Le 30 août, la chaîne brésilienne Rede Globo affirme que l'accident de Singapour était volontaire ; la FIA ouvre une enquête le jour même. Piquet, qui avait déjà fait une déclaration aux enquêteurs, obtient l'immunité en échange de son témoignage : il raconte avoir été invité, la veille de la course, par Flavio Briatore, directeur de l'écurie, et Pat Symonds, directeur de l'ingénierie, à provoquer un accident à un tour et à un endroit précis.

Le 4 septembre 2009, la FIA convoque Renault pour conspiration. Quelques jours avant l'audience, l'écurie annonce qu'elle ne contestera pas les accusations et que Briatore et Symonds l'ont quittée.

Les sanctions

Personne ou entitéSanction prononcée le 21 septembre 2009Suite
Renault F1Exclusion du championnat, avec un sursis de deux ansPerte de son sponsor principal, ING ; l'écurie est revendue dans les mois suivants
Flavio BriatoreInterdiction illimitée de toute épreuve sous l'égide de la FIA et de la gestion de pilotesAnnulée par le tribunal de grande instance de Paris le 5 janvier 2010, puis accord avec la FIA en avril 2010
Pat SymondsSuspension de cinq ansÉgalement annulée en 2010 ; retour en F1 en 2013
Nelson Piquet Jr.Aucune (immunité)Carrière poursuivie en NASCAR puis en Formule E, dont il est le premier champion (2014-2015)
Fernando AlonsoMis hors de causeConserve sa victoire
Source : décision du Conseil mondial du sport automobile de la FIA, 21 septembre 2009 ; tribunal de grande instance de Paris, 5 janvier 2010.

Le point le plus contesté reste le maintien du résultat. Le règlement ne prévoyait pas d'annuler une course après la clôture de la saison, et la FIA n'a jamais modifié le classement de 2008.

2023 : les révélations d'Ecclestone et l'action de Massa

En mars 2023, Bernie Ecclestone, patron de la Formula One Management à l'époque, déclare dans un entretien au site allemand F1-Insider que lui-même et Max Mosley, alors président de la FIA, avaient été informés de la manipulation dès la saison 2008, et qu'ils avaient choisi de ne pas agir pour protéger le sport d'un scandale. Il ajoute que la course aurait dû être annulée, ce qui aurait fait de Massa le champion.

Ces déclarations relancent l'affaire. Felipe Massa engage une action en justice au Royaume-Uni contre la FIA, la Formula One Management et Bernie Ecclestone, en réclamant des dommages et intérêts et la reconnaissance du préjudice subi. Il ne peut pas espérer obtenir le titre lui-même, qui relève de la seule FIA, mais il demande que soit reconnue l'injustice dont il s'estime victime. La procédure suit son cours devant la justice britannique, avec un procès annoncé pour 2026 ; consultez la presse spécialisée pour son état le plus récent.

Ce qu'a changé le Crashgate

Pour aller plus loin : le virage 17 du tracé d'origine se trouvait dans la section de The Float, supprimée en 2023 ; voir notre page sur le circuit de Marina Bay. Tous les vainqueurs, dont Alonso en 2008, figurent au palmarès du Grand Prix, et l'événement dans son ensemble est présenté dans notre guide du Grand Prix de Singapour.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Crashgate ?

Le trucage du Grand Prix de Singapour 2008 : Renault a demandé à Nelson Piquet Jr. de provoquer un accident pour faire sortir la voiture de sécurité au moment le plus favorable à Fernando Alonso, qui a gagné.

Alonso était-il au courant ?

La FIA l'a mis hors de cause en 2009, faute d'élément prouvant qu'il connaissait le plan. Il a conservé sa victoire.

Massa aurait-il été champion sans le Crashgate ?

C'est sa thèse : si le résultat de Singapour avait été annulé, il aurait devancé Hamilton au championnat 2008. La FIA n'a jamais modifié le classement, et Massa a engagé une action en justice en Grande-Bretagne.

Quelles ont été les sanctions ?

Flavio Briatore a été suspendu sans limite de durée et Pat Symonds pour cinq ans, deux sanctions annulées par un tribunal parisien en 2010. Renault a écopé d'une exclusion avec sursis de deux ans.