Superstitions et croyances populaires à Singapour

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Dans l'une des villes les plus modernes du monde, les superstitions restent étonnamment présentes. Le chiffre 8 porte chance et se paie cher sur une plaque d'immatriculation, le 4 est évité dans les étages et les numéros, le feng shui influence l'architecture, et le mois des fantômes suspend mariages et déménagements. La plupart de ces croyances viennent de la tradition chinoise, mais les communautés malaise et indienne ont aussi les leurs.

Sur cette page
  1. Les chiffres : le 8 adoré, le 4 redouté
  2. Le feng shui dans la ville
  3. Cadeaux et gestes à éviter
  4. Offrandes, esprits et temples
  5. Croyances malaises et indiennes
  6. Superstitions modernes
  7. Questions fréquentes

Les chiffres : le 8 adoré, le 4 redouté

En mandarin comme en cantonais, la prononciation des chiffres crée des associations :

ChiffrePrononciation (mandarin)Association
8bā, proche de fā (prospérer)Richesse, réussite
4sì, proche de sǐ (mourir)Mort, malheur
9jiǔ, comme « longtemps »Longévité
6liù, évoque la fluiditéTout se passe bien

Conséquences concrètes : des immeubles sautent le 4e étage ou des numéros en 4, les numéros de téléphone et les plaques d'immatriculation riches en 8 se vendent plus cher (certains numéros d'immatriculation sont attribués par enchères en ligne de l'autorité des transports, la LTA), et les mariages se concentrent sur les dates jugées fastes. Le chiffre 4 n'est pas un problème pour tout le monde : les Singapouriens d'origine malaise ou indienne n'y prêtent pas attention, et de nombreux bâtiments publics n'appliquent pas cette règle.

Les jeux de loterie Toto et 4D, gérés par Singapore Pools, suscitent aussi des rituels : jouer le numéro d'une plaque impliquée dans un accident, d'une date de naissance ou d'un rêve.

Le feng shui dans la ville

Le feng shui (« vent et eau ») vise à harmoniser les lieux avec la circulation de l'énergie (qi). À Singapour, il est pris au sérieux par de nombreux promoteurs, entreprises et particuliers :

Cadeaux et gestes à éviter

Certains cadeaux portent malheur parce que leur nom ou leur symbolique évoque une rupture ou la mort :

À table, on ne plante jamais ses baguettes verticalement dans le riz, ce qui rappelle l'encens des funérailles. Lors du Nouvel An chinois, on ne balaie pas le premier jour et on évite de se couper les cheveux. Les règles de politesse générales sont réunies dans notre page sur le savoir-vivre.

Offrandes, esprits et temples

De nombreuses familles chinoises gardent un autel domestique pour les ancêtres et pour le dieu de la Terre (Tua Pek Kong, divinité populaire très vénérée à Singapour), avec encens, fruits et thé. Dans les quartiers HDB, de petits autels aux esprits sont visibles au pied des arbres ou des immeubles. Pendant le 7e mois lunaire, les offrandes se multiplient sur les trottoirs pour les esprits errants : voir notre page sur la fête des fantômes affamés.

Les médiums (tang-ki) entrent en transe dans certains temples taoïstes pour transmettre la parole des divinités, et la divination par les bâtonnets (kau cim) ou les blocs en croissant reste courante avant une décision importante. Ces pratiques sont présentées dans notre page sur le taoïsme à Singapour.

Croyances malaises et indiennes

La culture malaise a ses pantang larang, interdits transmis par les anciens : ne pas s'asseoir sur un oreiller, ne pas couper ses ongles la nuit, protéger la femme enceinte de certaines visions. Le folklore évoque la pontianak, esprit féminin vengeur qui hanterait les bananiers et s'annoncerait par un parfum de frangipanier, héroïne de nombreux films d'horreur malais depuis les années 1950.

Dans la communauté indienne, on suspend parfois à l'entrée d'un commerce ou sur un véhicule neuf un collier de citrons verts et de piments pour éloigner le mauvais œil, on dessine des kolam devant la porte et l'on choisit les dates importantes d'après l'astrologie. On évite aussi d'offrir ou de recevoir de la main gauche.

Superstitions modernes

Certaines croyances concernent la vie urbaine : des Singapouriens évitent de rentrer chez eux avec un parapluie ouvert, de siffler la nuit ou de photographier certains lieux réputés hantés. Des sites de l'époque de la guerre, comme les anciennes casernes et hôpitaux militaires, ou des bungalows coloniaux abandonnés, alimentent les récits de fantômes et des visites nocturnes.

Conseil : en tant que visiteur, personne n'attend de vous que vous connaissiez ces règles. Il suffit d'éviter les quelques impairs les plus visibles : offrir une horloge, marcher sur des offrandes, planter ses baguettes dans le riz. Pour l'état d'esprit qui va avec, lisez notre page sur le kiasu.

Questions fréquentes

Pourquoi le chiffre 4 porte-t-il malheur ?

Parce qu'en mandarin et en cantonais, il se prononce presque comme le mot « mort ». Il est donc évité dans les étages, les numéros et les cadeaux.

Qu'est-ce que la Fountain of Wealth ?

Une fontaine conçue selon les principes du feng shui au centre du complexe Suntec City ; sa forme et la circulation de l'eau sont censées attirer la richesse.

Quels cadeaux éviter à Singapour ?

Les horloges, les chaussures, les objets coupants, les fleurs blanches et les cadeaux par quatre, surtout auprès de personnes d'origine chinoise.

Les jeunes Singapouriens sont-ils superstitieux ?

Moins que leurs aînés, mais beaucoup respectent encore les usages liés aux chiffres, au Nouvel An et au mois des fantômes, par habitude ou par respect pour la famille.