Le mois des fantômes affamés à Singapour
Pendant le 7e mois du calendrier lunaire, les Chinois taoïstes et bouddhistes croient que les portes de l'enfer s'ouvrent et que les esprits errent parmi les vivants. Le Hungry Ghost Festival (Zhong Yuan Jie), au 15e jour du mois, tombait le 27 août 2026 (mois du 13 août au 10 septembre) ; il tombera le 16 août 2027 et le 3 septembre 2028. Pendant un mois, on voit dans tout Singapour des offrandes sur les trottoirs, des bidons où brûle du papier, et des scènes de getai.
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Les croyances du 7e mois
Dans la tradition chinoise, les morts sans descendance, oubliés ou décédés de mort violente deviennent des « fantômes affamés » : privés d'offrandes, ils errent, tourmentés par la faim. Pendant le 7e mois, ils sont autorisés à revenir sur terre. Les vivants les nourrissent et leur offrent des biens pour apaiser leur errance et éviter qu'ils ne portent malheur ; ils honorent aussi leurs propres ancêtres.
La fête mêle deux héritages : le Zhong Yuan taoïste, consacré à l'officier céleste qui pardonne les fautes, et l'Ullambana (Yulanpen) bouddhiste, issu du récit de Mulian (Maudgalyayana), disciple du Bouddha qui délivra sa mère des enfers grâce aux offrandes faites aux moines. Les grands temples bouddhistes, comme le Buddha Tooth Relic Temple, organisent des cérémonies pour les défunts. Sur les croyances taoïstes, voir notre page le taoïsme à Singapour.
Offrandes et papier joss
Au coucher du soleil, des familles disposent au bord des routes et au pied des immeubles HDB de petits autels improvisés : bâtonnets d'encens et bougies plantés dans le sol, bols de riz, fruits, gâteaux, parfois bière ou cigarettes. On brûle du papier joss (papier « monnaie des enfers »), des billets de la « Hell Bank Note » et des objets en papier : maisons, voitures, téléphones, vêtements, destinés à rejoindre les esprits.
Dans les quartiers HDB, les conseils municipaux (town councils) installent pour la période des bidons métalliques où l'on doit brûler le papier. Les règles sont précises : interdiction de brûler hors de ces récipients, de laisser des offrandes dans les couloirs et escaliers des immeubles, ou de planter de l'encens dans les pelouses communes. Les nuisances (fumée, cendres) font l'objet de plaintes régulières et de campagnes de sensibilisation.
Attention : ne marchez jamais sur les offrandes ni sur les cendres d'encens au sol, ne touchez pas la nourriture déposée et ne déplacez rien. C'est considéré comme une grave offense envers les esprits, et les personnes présentes peuvent mal le prendre.
Le getai, spectacle pour les vivants et les morts
Le getai (« scène de chant ») est l'image la plus vivante du 7e mois singapourien. Des scènes en plein air sont montées dans les parkings et les terrains vagues des quartiers HDB. Chanteurs et chanteuses en costumes à paillettes y interprètent, à plein volume, des tubes en hokkien, en teochew et en mandarin, entrecoupés de sketches et de plaisanteries.
La première rangée de chaises reste vide : elle est réservée aux esprits, invités d'honneur. Le public s'installe derrière. Les spectacles sont gratuits et financés par des associations de commerçants ou de temples. Le getai a inspiré le cinéaste Royston Tan (film 881, 2007) ; pour la scène musicale locale, voir notre page musique et arts de la scène.
Avant la généralisation du getai, on montait plutôt des représentations d'opéra chinois (wayang), qui subsistent dans quelques temples.
Les dîners-enchères du 7e mois
Les associations de commerçants et de quartier organisent des dîners festifs (zhong yuan dinners) sous des tentes, au cours desquels sont mis aux enchères des objets censés porter chance : charbon de bois enveloppé de papier doré (« black gold »), statuettes, vases, bouteilles de cognac. Les sommes récoltées financent la fête de l'année suivante et des œuvres caritatives.
Les interdits du mois des fantômes
Beaucoup de Singapouriens d'origine chinoise, y compris non pratiquants, observent quelques précautions pendant le mois :
- éviter de sortir tard le soir, de siffler la nuit ou de se retourner si l'on entend son nom ;
- ne pas nager, surtout à la tombée de la nuit, de peur d'être entraîné par un esprit ;
- éviter de se marier, de déménager, de lancer une entreprise ou d'acheter une voiture ou un logement ;
- ne pas laisser de vêtements sécher dehors la nuit, ni ouvrir un parapluie à l'intérieur ;
- ne pas s'asseoir au premier rang d'un getai.
Conséquence très concrète : le marché immobilier et les ventes de voitures ralentissent, et les promoteurs évitent de lancer leurs projets pendant le mois. Ces croyances s'inscrivent dans un ensemble plus large décrit dans notre page sur les superstitions singapouriennes.
Conseil : pour voir un getai, promenez-vous le soir dans un quartier HDB comme Toa Payoh, Ang Mo Kio ou Bedok : les scènes se repèrent à leurs néons et à la musique. Le spectacle est gratuit et le public accueillant, à condition de laisser la première rangée libre. À Chinatown, les temples affichent leurs programmes de cérémonies.
Questions fréquentes
Quand a lieu le Hungry Ghost Festival 2027 ?
La fête du 15e jour tombe le lundi 16 août 2027 ; le 7e mois lunaire débute environ deux semaines plus tôt.
Le mois des fantômes est-il dangereux pour les touristes ?
Non. Il suffit de respecter les offrandes sur les trottoirs et d'éviter de marcher dessus. C'est même une bonne période pour découvrir la culture populaire chinoise.
Qu'est-ce que le getai ?
Un spectacle de variétés en plein air, avec chansons populaires et humour, donné pendant le 7e mois pour divertir les esprits et les vivants.
Pourquoi brûle-t-on du papier ?
Le papier joss et les objets en papier sont censés parvenir aux défunts dans l'au-delà sous forme de richesses et de biens matériels.
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