Les communautés de Singapour et le modèle CMIO

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Singapour compte quatre grandes communautés officielles : les Chinois (environ 74 % des résidents), les Malais (13,5 %), les Indiens (9 %) et les « Autres » (environ 3 %), catégorie qui inclut les Eurasiens. Ce découpage, appelé modèle CMIO (Chinese, Malay, Indian, Others), structure la politique du logement, de l'école, des langues et de la représentation politique.

Sur cette page
  1. Les Chinois, majorité plurielle
  2. Les Malais, peuple autochtone
  3. Les Indiens, une diversité régionale
  4. Les Eurasiens et les « Autres »
  5. La politique d'intégration
  6. Débats et limites du modèle
  7. Questions fréquentes

Ces pourcentages portent sur les quelque 4 millions de résidents (citoyens et résidents permanents). S'y ajoutent plus de 1,5 million de non-résidents (travailleurs étrangers, étudiants, conjoints), dont les origines sont bien plus variées : Inde, Chine, Malaisie, Philippines, Bangladesh, Indonésie, Europe. Les chiffres détaillés et à jour figurent sur notre page population de Singapour.

Les Chinois, majorité plurielle

Les Chinois de Singapour descendent pour l'essentiel de migrants venus des provinces côtières du Fujian, du Guangdong et de Hainan aux XIXe et XXe siècles. Ils se répartissent en groupes dialectaux : Hokkien (le plus nombreux), Teochew, Cantonais, Hakka et Hainanais, chacun avec ses associations claniques, ses temples et ses spécialités culinaires. Le chicken rice est hainanais, le bak kut teh à la mode locale teochew, le yong tau foo hakka.

Depuis la Speak Mandarin Campaign lancée en 1979, le mandarin a remplacé les dialectes comme langue commune ; les jeunes générations parlent surtout anglais et mandarin. Les Peranakan (Baba-Nyonya), descendants de commerçants chinois installés depuis des siècles dans la région, sont classés parmi les Chinois tout en ayant une culture propre.

Les Malais, peuple autochtone

La Constitution reconnaît les Malais comme le peuple autochtone de Singapour et charge le gouvernement de protéger leurs intérêts, notamment religieux et linguistiques. Le malais est la langue nationale : l'hymne et les commandements militaires sont en malais. La communauté inclut des descendants de Javanais, de Boyanais (de l'île de Bawean), de Bugis et de Minangkabau. Presque tous les Malais sont musulmans ; l'islam est encadré par le MUIS. Les quartiers de Geylang Serai et de Kampong Glam en sont les pôles historiques.

Les Indiens, une diversité régionale

La communauté indienne est majoritairement tamoule (environ la moitié), le tamoul étant langue officielle. On y trouve aussi des Malayalis, des Punjabis (dont une communauté sikh ancienne), des Gujaratis, des Sindhis, des Bengalis et des Telugus. Sur le plan religieux, les Indiens sont hindous, musulmans, chrétiens ou sikhs. Little India, autour de Serangoon Road, reste le centre commercial et religieux de la communauté.

Les Eurasiens et les « Autres »

Les Eurasiens, issus d'unions entre Européens (Portugais, Néerlandais, Britanniques) et Asiatiques, forment une petite communauté d'environ 20 000 personnes, souvent catholique ou anglicane, avec ses patronymes (de Souza, Pereira, Rodrigues, Shepherdson), sa cuisine (curry debal, sugee cake) et son association (Eurasian Association). Ils ont joué un rôle important dans la fonction publique, le droit et le sport.

La catégorie « Others » regroupe aussi des communautés anciennes et influentes malgré leur faible nombre : les Arabes hadramis (familles Alsagoff, Aljunied, Alkaff), les Arméniens (l'église arménienne date de 1835 ; l'orchidée nationale porte le nom d'Agnes Joaquim, d'origine arménienne), les Juifs d'origine bagdadie (David Marshall, premier Chief Minister en 1955), ainsi que de nombreux Thaïs, Japonais, Philippins et Occidentaux devenus résidents.

La politique d'intégration

Marqué par les émeutes raciales de 1964 et par une indépendance subie en 1965, l'État singapourien a fait de l'harmonie entre communautés une priorité. Ses principaux instruments :

DomaineMesureEffet recherché
LogementEthnic Integration Policy (1989) : quotas par ethnie dans chaque immeuble et quartier HDBÉviter les ghettos ethniques
LanguesBilinguisme : anglais langue commune, plus une « langue maternelle » (mandarin, malais ou tamoul) à l'écoleLangue neutre partagée, identité préservée
PolitiqueCirconscriptions de groupe (GRC, 1988) avec au moins un candidat de minoritéGarantir la représentation des minorités au Parlement
PrésidenceÉlection réservée à une communauté après cinq mandats sans président issu de celle-ci (2017)Alternance symbolique à la tête de l'État
EntraideAssociations communautaires d'aide : Mendaki (malais), SINDA (indiens), CDAC (chinois), Eurasian AssociationSoutien scolaire et social ciblé
DroitMaintenance of Religious Harmony Act (1990) et loi sur l'harmonie raciale adoptée en 2025Sanctionner l'incitation à la haine

Le logement social est détaillé dans notre page HDB, et les rapports entre religions dans notre page sur l'harmonie religieuse.

Racial Harmony Day et vie quotidienne

Le 21 juillet, date anniversaire des émeutes de 1964, les écoles célèbrent le Racial Harmony Day : les élèves viennent en tenue traditionnelle d'une autre communauté et goûtent les cuisines des autres. Au quotidien, le mélange se vit surtout au hawker centre, au service national et dans les immeubles HDB. Les mariages interethniques représentent désormais environ un mariage sur cinq, et depuis 2010 les enfants métis peuvent enregistrer une « race » double (par exemple Chinese-Indian).

Débats et limites du modèle

Le modèle CMIO est critiqué pour figer des catégories héritées de l'administration coloniale, mal adaptées aux métis, aux nouveaux immigrés ou aux Singapouriens qui se définissent d'abord par leur nationalité. Des enquêtes et des débats publics ont aussi mis en lumière des discriminations à l'embauche ou au logement locatif, ainsi que le privilège diffus de la majorité chinoise. Le gouvernement a assoupli certaines règles (race double, révision des quotas) tout en défendant le principe des catégories, qu'il juge indispensable pour mesurer et corriger les écarts.

Conseil : pour saisir cette diversité en une journée, enchaînez Chinatown, Kampong Glam et Little India, à 10 minutes de MRT les uns des autres, en déjeunant dans un hawker centre. Pour les usages à respecter, voir notre page sur le savoir-vivre à Singapour.

Questions fréquentes

Quelle est la principale ethnie de Singapour ?

Les Chinois, environ 74 % des résidents d'après le recensement de 2020, suivis des Malais (13,5 %) et des Indiens (9 %).

Que signifie CMIO ?

Chinese, Malay, Indian, Others : les quatre catégories ethniques officielles utilisées par l'administration singapourienne.

Qui sont les Eurasiens de Singapour ?

Les descendants d'unions entre Européens et Asiatiques, présents depuis l'époque coloniale ; ils sont classés dans la catégorie « Autres ».

Pourquoi le malais est-il la langue nationale ?

Le malais a été retenu comme langue nationale en reconnaissance du statut autochtone des Malais et de l'environnement régional malais.