Raffles et la fondation du Singapour britannique en 1819

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Le Singapour moderne naît le 6 février 1819, lorsque Thomas Stamford Raffles, au nom de la Compagnie britannique des Indes orientales, signe un traité avec le sultan Hussein de Johor et le Temenggong Abdul Rahman, qui l'autorisent à fonder un comptoir à l'embouchure de la Singapore River. Raffles n'y séjourne que quelques mois au total : c'est son résident, William Farquhar, qui organise les premières années de la colonie.

Sur cette page
  1. Pourquoi Raffles voulait un port dans le détroit
  2. Le traité de 1819 : un arrangement habile
  3. William Farquhar, le bâtisseur oublié
  4. Le plan Jackson de 1822
  5. Raffles, héros ou symbole colonial ?
  6. Questions fréquentes
  7. Carte

Pourquoi Raffles voulait un port dans le détroit

Au début du XIXe siècle, les Néerlandais contrôlent les grands ports de l'archipel, dont Malacca, rendue après les guerres napoléoniennes, et Riau. Les Britanniques, qui commercent entre l'Inde et la Chine, ne disposent que de Penang, trop au nord. Raffles, ancien lieutenant-gouverneur de Java pendant l'occupation britannique (1811-1816), devenu lieutenant-gouverneur de Bencoolen à Sumatra, convainc le gouverneur général de l'Inde, Lord Hastings, d'autoriser la recherche d'un nouveau port au sud du détroit de Malacca.

Singapour présente des atouts évidents : une position sur la route maritime la plus directe entre l'océan Indien et la mer de Chine méridionale, un mouillage abrité et de l'eau douce. Raffles connaît aussi, par ses lectures des Annales malaises, le passé royal de l'île (voir Temasek et les origines), qui donne une légitimité symbolique au projet.

Le traité de 1819 : un arrangement habile

Raffles débarque le 28 janvier 1819 avec Farquhar. L'île relève alors du Temenggong, haut dignitaire du sultanat de Johor-Riau. Le problème est politique : le sultan reconnu, Abdul Rahman, est sous influence néerlandaise et ne peut accorder un tel droit. Raffles contourne l'obstacle en reconnaissant comme sultan son frère aîné, Tengku Hussein, écarté de la succession en 1812. Ramené de Riau, Hussein est proclamé sultan de Johor et signe le traité du 6 février 1819 aux côtés du Temenggong.

En échange du droit d'établir un comptoir, la Compagnie verse une pension annuelle de 5 000 dollars espagnols au sultan et de 3 000 au Temenggong. Le traité ne cède pas l'île : il autorise une implantation. Le 2 août 1824, un nouveau traité, négocié par le résident John Crawfurd, transfère la souveraineté de Singapour et des îles voisines à la Compagnie contre des sommes forfaitaires et des pensions viagères.

Les Néerlandais protestent, mais le traité anglo-néerlandais du 17 mars 1824 règle la question en partageant l'archipel : la péninsule malaise et Singapour aux Britanniques, Sumatra et les îles au sud du détroit aux Néerlandais. Cette ligne préfigure la frontière entre la Malaisie et l'Indonésie actuelles.

William Farquhar, le bâtisseur oublié

Raffles repart dès le 7 février 1819, revient brièvement en juin, puis seulement d'octobre 1822 à juin 1823. Entre-temps, William Farquhar, ancien résident de Malacca, administre le comptoir avec des moyens dérisoires. Il fait défricher les terrains, attire des marchands en garantissant la liberté du commerce, tolère les maisons de jeu et la vente d'opium pour financer l'administration, et commande une célèbre collection de dessins d'histoire naturelle, aujourd'hui conservée au National Museum.

La population grimpe vite : le premier recensement de 1824 compte un peu plus de 10 000 habitants. Le statut de port franc, sans droits de douane, attire les jonques chinoises, les bateaux bugis de Célèbes et les marchands indiens et arabes. De retour en 1822, Raffles désapprouve la gestion de Farquhar, notamment sur le jeu et l'esclavage, et le remplace en 1823 par John Crawfurd. La querelle entre les deux hommes a longtemps éclipsé le rôle de Farquhar, que les historiens réévaluent aujourd'hui.

Le plan Jackson de 1822

En novembre 1822, Raffles réunit un comité de la ville chargé de répartir l'espace. Le plan dessiné par le lieutenant Philip Jackson, publié en 1828, fixe une organisation qui marque encore la ville :

Le plan impose aussi des règles de construction, dont les galeries couvertes de cinq pieds (« five-foot ways ») devant les maisons, ancêtres des arcades des shophouses. La séparation par communautés, pensée comme un instrument de contrôle colonial, a durablement façonné la géographie ethnique de la ville.

Raffles, héros ou symbole colonial ?

Raffles meurt en Angleterre en 1826, à 44 ans, après avoir fondé la Société zoologique de Londres. À Singapour, son nom est partout : Raffles Place, l'hôtel Raffles, le Raffles Institution, la marina, l'hôpital. Une statue en bronze, inaugurée en 1887, se dresse devant le Victoria Theatre, et une réplique en polymarbre blanc marque depuis 1972 le Raffles Landing Site, sur la rive nord de la rivière, à l'endroit supposé du débarquement.

Contrairement à d'autres pays, Singapour a fait le choix de garder ces symboles. Le gouvernement indépendant a présenté Raffles comme le fondateur d'un port ouvert, compatible avec le récit d'une nation commerçante et multiculturelle. Le bicentenaire de 2019 a toutefois nuancé ce récit, en mettant en avant Farquhar, le sultan Hussein, le Temenggong et les sept siècles d'histoire antérieure. Les descendants du sultan ont vécu à l'Istana Kampong Glam jusqu'à la fin du XXe siècle ; le bâtiment abrite aujourd'hui le Malay Heritage Centre.

Conseil de visite : une promenade d'une heure relie le Raffles Landing Site, la statue de bronze devant le Victoria Theatre, le Padang et la colline de Fort Canning, où Raffles fit construire sa résidence et créa un jardin botanique expérimental en 1822.

Questions fréquentes

Raffles a-t-il acheté Singapour ?

Non au sens strict. Le traité de 1819 accorde seulement le droit d'établir un comptoir contre des pensions annuelles. La cession pleine et entière date du traité Crawfurd du 2 août 1824.

Où Raffles a-t-il débarqué ?

Sur la rive nord de la Singapore River, près de l'actuel Asian Civilisations Museum, où une statue blanche marque le Raffles Landing Site.

Qui était William Farquhar ?

Un officier écossais de la Compagnie des Indes, premier résident et commandant de Singapour de 1819 à 1823. Il a dirigé concrètement l'installation du comptoir pendant les absences de Raffles.

Carte

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